Les 4 urgences cachées qu’il faut savoir reconnaître

Il n’est pas toujours facile de savoir quand une visite d’urgence chez le vétérinaire s’impose. Parfois, c’est assez clair : convulsions, abattement sévère, paralysie des pattes arrière, …Parfois, les symptômes sont alarmants mais peu spécifiques et on n’est pas sûr d’à quel point il faut s’inquiéter. Par exemple, un ou deux vomissements, un animal qui “saute” un repas alors qu’il est normalement plutôt gourmand ou qui se mettrait soudainement à boiter en rentrant d’une promenade. Dans ces situations, je vous invite à prendre contact avec votre vétérinaire pour en discuter avec lui mais ce n’est pas le sujet du jour.

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un troisième cas de figure : des urgences vitales associées à des symptômes peu inquiétants et qu’il faut donc savoir reconnaître. C’est-à-dire des animaux dont le comportement n’est pas forcément préoccupant, alors que la situation peut rapidement devenir critique.

 

urgences

Tentatives improductives de vomissements

Le fait qu’un animal vomisse n’est pas forcément associé à une urgence vitale. Mais si votre chien essaye de vomir sans y arriver, là par contre, il faut s’inquiéter ! Ce comportement est en effet assez spécifique du “syndrome de dilatation torsion de l’estomac”.

Le syndrome de dilatation torsion de l’estomac chez le chien

Comment ça marche ?

Comme son nom l’indique, ce syndrome survient lorsqu’un estomac distendu (ou dilaté) se tord en tournant sur lui-même. Cette torsion bloque les voies d’entrée et de sortie de l’estomac, ce qui explique les tentatives improductives de vomissement. Plus important encore, cette torsion bloque également plusieurs vaisseaux sanguins, avec pour conséquence une nécrose de la paroi de l’estomac et un état de choc. Si rien n’est fait, l’animal meurt en quelques heures. Cette maladie est l’une des urgences les plus extrêmes de la médecine vétérinaire, et il est donc très important pour les propriétaires d’en reconnaître les premiers signes afin de réagir rapidement : tentatives de vomissement, agitation et gonflement de l’abdomen.

Quels animaux sont à risque ?

Cette maladie touche principalement les chiens de grande taille, chez qui elle est très fréquente. Chez les Dogue allemands, par exemple, on estime qu’environ 35% des individus présenteront un épisode au cours de leur vie1 !

Comment diminuer les risques ?

En plus des prédispositions liées à la race, cette maladie touche principalement les animaux qui ne mangent qu’un repas par jour. Il est donc conseillé de diviser la ration journalière en deux afin de limiter la quantité ingérée par repas, et donc la distension de l’estomac. Et dans tous les cas (un ou deux repas par jour), il vaut également mieux éviter que votre chien ne fasse trop le fou après avoir mangé !

Dogue allemand

Incapacité à uriner

Le fait qu’un animal ne parvienne pas à uriner représente également une urgence vitale. En pratique, il est assez rare qu’on vérifie ce qui sort, ou non, de notre animal mais un animal qui ne parvient pas à uriner est un animal qui a envie d’uriner ! Du coup, ce que vous allez plutôt voir est un chien qui se met en position toutes les 2 minutes, ou un chat qui fait des allers-retours très fréquents vers sa litière. C’est dans cette situation qu’il faudra aller voir d’un peu plus près et, le cas échéant, courir chez votre vétérinaire !

L’obstruction urinaire

Comment ça marche ?

L’obstruction urinaire apparaît lorsque l’urètre est bouché et ne permet donc pas le passage de l’urine. Ce blocage peut avoir plusieurs origines. Par exemple des calculs (ou cristaux) ou la formation d’un “bouchon muqueux”. Dans tous les cas, si la vessie ne parvient pas à se vider, elle se distendra au maximum. A ce stade, on parle de “globe urinaire”. Cette situation est non seulement très inconfortable pour le chat mais elle met également sa vie en danger.

En effet, une vessie complètement distendue sera plus fragile et risque de se fissurer. En plus de ce risque de fissure, si la vessie est pleine, les reins ne sont plus capables de lui envoyer les déchets qu’ils filtrent du sang. Ce qui a également deux conséquences : une surcharge des reins qui mène à une insuffisance rénale et une auto-intoxication de l’organisme qui ne parvient plus à se débarrasser de ses déchets. Dans cette situation, sans prise en charge, la mort survient en quelques heures.

Quels animaux sont à risque ?

Les obstructions urinaires peuvent théoriquement toucher tout le monde : les chiens et les chats, mâles ou femelles. En pratique, les obstructions sont beaucoup plus fréquentes chez les chats que chez les chiens. Chez les chats, le risque est encore plus élevé chez les mâles, simplement en raison du plus petit diamètre de leur urètre qui est donc plus susceptible de se boucher.

Comment diminuer les risques ?

Pour limiter le risque d’obstruction, il est important que votre animal mange une alimentation équilibrée (qui limitera la formation de cristaux) et qu’il boive en suffisance. Si vous craignez que ça ne soit pas le cas, il peut être intéressant de le nourrir, au moins en partie, avec une alimentation humide (principalement chez le chat).

chat bouché

Ecoulements vulvaires purulents

Ici encore, vous n’allez pas forcément voir directement des écoulements mais allez plutôt remarquer que votre chien ou votre chat passe beaucoup plus de temps que d’habitude à faire sa toilette intime. Si c’est le cas, il vous faudra à nouveau y regarder d’un peu plus près ! Si vous voyez un liquide jaunâtre s’écouler de la vulve, il faut vous rendre chez votre vétérinaire !

Le pyomètre

Comment ça marche ?

On parle de pyomètre en cas d’infection purulente de l’utérus. Cette maladie apparaît lorsqu’une bactérie parvient à se développer dans l’utérus pendant la période du cycle sexuel durant laquelle il est le plus sensible. Cette infection étant liée au cycle, elle apparaît systématiquement 1 à 2 mois après la fin des chaleurs. Il faut donc être attentif durant cette période.

La gravité de la maladie dépend notamment du degré d’ouverture du col utérin. S’il est fermé, le pus ne pourra pas sortir et va donc s’accumuler jusqu’à provoquer la rupture de l’utérus. Cette rupture entraînera rapidement la mort de l’animal. Dans ce cas, il n’y a pas d’écoulements vulvaires visibles mais l’animal est dans un très mauvais état général et l’urgence est assez claire.

Si par contre le col est ouvert, il se peut que vous ne remarquiez pas de grande différence dans le comportement de votre animal. C’est dans cette situation qu’il faut être attentif car il s’agit quand même d’une urgence. En effet, même si le risque de rupture utérine diminue largement, l’infection peut tout de même entraîner une défaillance des reins et causer rapidement la mort de l’animal.

Quels animaux sont à risque ?

Evidemment les femelles, et uniquement celles qui ne sont pas stérilisées. Eviter le risque de pyomètre est d’ailleurs un des arguments en faveur de la stérilisation. Chez la chatte, cette maladie est relativement rare, sauf pour celles qui prennent la pilule contraceptive (qui augmente très fortement le risque). Chez la chienne par contre, c’est beaucoup plus fréquent et le risque augmente avec l’âge.

Quand tout semble bien aller après un choc important

Ici, la situation est un peu différente car il ne s’agit pas d’une maladie et le problème survient généralement justement parce qu’il n’y a aucun symptôme visible.

Quand un animal subit un choc important (typiquement : une chute de plusieurs étages ou un accident de voiture), le plus souvent, il est mal en point et la consultation d’urgence est une évidence. Mais une fois encore, ce n’est pas de ces cas là que je veux vous parler. Les consultations d’urgence que les propriétaires sont susceptibles de manquer sont celles où, après un choc violent, l’animal se relève et semble aller parfaitement bien. Il a peut-être l’air un peu sonné mais son état ne semble pas inquiétant et vous vous dites “ouf, plus de peur que de mal !”.

Malheureusement, il faut bien garder à l’esprit que le plus souvent, les lésions qui sont susceptibles de mettre la vie d’un animal en danger ne sont pas visibles de l’extérieur. Plus précisément, après un choc intense, il y a 3 types de lésions potentiellement mortelles qu’il faut toujours rechercher. Ces trois lésions peuvent passer inaperçues et vous devriez donc toujours faire examiner votre animal dans ce cas de figure, même s’il semble aller bien.

1) La rupture de vessie

Si la vessie est pleine au moment de l’impact, elle peut éclater ou se fissurer. Dans ce cas, on se retrouve dans la même situation que lors d’obstruction urinaire : l’animal ne parvient plus à se débarrasser de ses déchets et s’auto-intoxique.

2) Le trauma crânien

On parle de trauma crânien, lorsque, lors d’un choc, le cerveau est secoué trop violemment dans la boîte crânienne. Le premier signe clinique dans ce cas est une baisse de l’état de conscience. C’est-à-dire un animal un peu moins réactif ou un peu plus fatigué. Ensuite, si la situation continue d’évoluer, des convulsions peuvent apparaître, voire un arrêt respiratoire ou un coma.
Le plus souvent, les premiers signes apparaîtront dans les quelques heures suivant le choc, mais il n’est pas rare que des animaux qui semblent en forme “décompensent” 48 à 72h après l’impact. Il faut donc garder l’œil ouvert !

3) Les contusions pulmonaires

Une contusion pulmonaire correspond simplement à un hématome du poumon. Malheureusement, une zone contusionnée ne peut pas participer efficacement à la respiration. Du coup, si la zone atteinte est trop étendue, l’animal peut développer une insuffisance respiratoire. A nouveau, le danger vient du fait que les contusions peuvent, elles aussi, se développer quelques jours après le choc !

Urgence

 

Et voilà qui nous amène au bout de ce que j’avais à vous dire sur ces 4 urgences qui n’en ont pas l’air. En cas de doute, et dans tous les cas, n’hésitez jamais à prendre contact avec votre vétérinaire afin qu’il vous aide à déterminer l’urgence de la situation !
J’espère que cet article vous a plu et si c’est le cas, n’hésitez pas à le partager Smile

Source :

1 Benefits of prophylactic gastropexy for dogs at risk of gastric dilatation-volvulus Michael P. Ward, Gary J. Patronek, Lawrence T. Glickman.

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