La maladie de Cushing chez le chien, qu’est-ce que c’est ?

Pour fonctionner correctement, l’organisme a besoin de cortisone. Lorsque cette hormone n’est pas présente en quantité suffisante, la situation devient rapidement critique et le pronostic vital est engagé. La maladie de Cushing, c’est l’inverse : c’est-à-dire lorsque l’organisme a trop de cortisone (l’autre nom du Cushing est d’ailleurs l’”hypercorticisme”). Cette maladie est assez peu connue des propriétaires, a une évolution très lente et est associée à des symptômes qui passent souvent inaperçus. Pour ces raisons, malgré qu’elle soit une des maladies les plus fréquentes du chien, elle est largement sous-diagnostiquée. Alors, voyons ensemble comment faire pour éviter de passer à côté !

chien

Comment ça marche ?

Les symptômes de la maladie de Cushing sont causés par une trop grande quantité de cortisone dans le sang et dans les tissus. Cet “hypercorticisme” peut avoir plusieurs origines. Comme c’était également le cas pour le diabète, les symptômes sont le plus souvent identiques, quel que soit le mécanisme en cause.

Chez un animal sain

Lorsque tout va bien, voici comment ça fonctionne :

1) L’hypophyse, une petite glande dans le cerveau, mesure le taux de cortisone dans l’organisme. Lorsque celui-ci est trop bas, elle envoie l’information que la production doit démarrer (via une hormone : l’“ACTH”).

2) Cette information est captée par les surrénales, des petites glandes posées “sur les reins” (d’où leur nom). Ce sont elles qui produisent la cortisone et l’envoient dans la circulation sanguine.

3) Lorsque l’hypophyse mesure que la quantité de cortisone est suffisante, elle cesse d’envoyer l’ordre de production aux surrénales, qui se mettent donc en pause.

C’est donc l’hypophyse qui dirige les opérations mais la production a lieu dans les surrénales.

Cushing sain

Les différentes causes du Cushing

Le syndrome de Cushing apparaît donc lorsqu’un dérèglement survient dans ce cycle. Chez le chien, ceci apparaît principalement dans 3 cas de figure.

1) Le Cushing hypophysaire

C’est le cas le plus fréquent (environ 85% des cas). Cette situation apparaît lorsqu’une tumeur se développe sur l’hypophyse. Cette tumeur aura pour conséquence que l’hypophyse enverra son “ordre de production” en continu, indépendamment de la quantité de cortisone présente dans la circulation sanguine. Les deux surrénales vont donc produire bien plus que nécessaire, ce qui les fera grossir toutes les deux.

Cushing hypophysaire

2) Le Cushing surrénalien

Ce type de Cushing est également causé par une tumeur, mais qui, cette fois, se développe sur une des deux surrénales. Dans ce cas, c’est la surrénale atteinte qui produira en continu (ce qui la fera augmenter de volume), sans tenir compte des directives de l’hypophyse. Le taux de cortisone étant trop élevé, l’ordre de production ne sera d’ailleurs plus envoyé, ce qui interrompra de façon prolongée l’activité de la surrénale saine. Celle-ci n’étant plus utile, elle finira par s’atrophier et diminuer de volume. Dans les cas de Cushing surrénalien, on peut donc souvent observer une différence de taille entre les deux surrénales.

Cushing surrénalien

3) Le Cushing iatrogène

Ici, le terme iatrogène signifie que l’excès de cortisone vient d’un excès d’apport extérieur. C’est-à-dire d’un traitement à base de cortisone qui aurait été surdosé ou donné trop longtemps. A ce sujet, il faut être attentif que la cortisone se trouve dans de très nombreux médicaments, et sous différentes formes : comprimés, gouttes pour les yeux, pommades, …

Dans ce cas, pour corriger le problème, il suffit d’interrompre le traitement. Cette interruption doit être progressive car les surrénales ayant été mises au repos, elles peuvent ne plus être capables de produire des quantités suffisantes directement.

Cushing iatrogène

Les signes cliniques

Quel que soit le type de Cushing, le résultat est toujours le même : trop de cortisone dans l’organisme. Et c’est ça qui cause la grande majorité des symptômes. Le Cushing peut toucher toutes les races et concerne principalement les animaux âgés.

Parmi les symptômes les plus fréquents, on retrouve :

  • Augmentation de la production d’urine. Ce qui se traduit de façon plus remarquable pour les propriétaires par une augmentation de la prise de boisson ou par un animal qui deviendrait malpropre ou demanderait à sortir faire ses besoins durant la nuit.
  • Perte de poils, généralement symétrique au niveau du dos, des flancs et des pattes arrière. Cette perte de poil n’est associée à aucune lésion visible sur la peau et passe souvent inaperçu du fait de sa très lente évolution. Puis on se dit que si les hommes peuvent un peu se dégarnir avec l’âge, ça doit être pareil pour les chiens !
  • Augmentation de l’appétit, souvent considérée, à tort, comme un signe de bonne santé.
  • Faiblesse musculaire, qui se traduit généralement par un animal qui fatigue plus rapidement ou qui ne parvient plus à sauter dans la voiture ou sur le fauteuil. Ici encore, les propriétaires ne s’inquiètent généralement pas et considèrent que ces problèmes sont liés à l’âge du chien. Cette faiblesse musculaire peut également toucher les muscles de la sangle abdominale, ce qui peut distendre l’abdomen et le faire “pendre”. Comme sur cette photo :

abdomen pendulaire

D’autres symptômes plus rares peuvent apparaître comme un dérèglement du cycle des chaleurs, une hyperpigmentation de la peau ou des halètements plus fréquents, …

Il est assez rare qu’un animal malade présente tous ces signes en même temps. Du coup, on considère généralement que le Cushing peut être suspecté lorsqu’au minimum deux symptômes sont présents.

Le diagnostic

La principale raison qui explique que cette maladie soit si sous-diagnostiquée est que les différents symptômes sont variables, non spécifiques et souvent peu inquiétants. Mais même lorsque le vétérinaire suspecte un Cushing, il n’est pas si simple de confirmer le diagnostic.

Une des difficultés vient du fait que le taux de cortisone est très variable, même chez un animal sain, et qu’il n’est donc pas utile de le mesurer directement. Une batterie de tests sera donc nécessaire pour, dans un premier temps, confirmer qu’il y a bien un Cushing, et ensuite en déterminer le type (surrénalien ou hypophysaire).

Parmi ces tests, on peut vous proposer :

  • de mesurer le taux de cortisol urinaire, un peu plus stable que le taux sanguin ;
  • d’injecter à l’animal un équivalent synthétique de l’”ordre de production” de l’hypophyse pour mesurer l’incidence de cet ordre sur le taux de cortisone ;
  • ou, à l’inverse, d’injecter à l’animal un produit qui va interrompre l’”ordre de production”, et à nouveau mesurer l’incidence sur le taux de cortisone ;
  • de mesurer la taille des surrénales par échographie ou scanner ;
  • de visualiser l’hypophyse par scanner ou IRM.

Le traitement

Le Cushing étant une maladie chronique, la seule façon d’en guérir est de passer par la chirurgie et d’enlever l’hypophyse ou la surrénale malade. Cependant, cette option est rarement choisie par les propriétaires et les vétérinaires car l’opération est très délicate et les effets secondaires peuvent être assez sévères (particulièrement pour l’hypophyse, qui est dans le cerveau).

Heureusement, il existe également des traitements médicaux. Ceux-ci vont faire disparaître les symptômes mais ne vont pas agir sur leur cause (la tumeur). Du coup, on peut légitimement se poser la question suivante :

Etant donné que les symptômes ne sont pas si gênants et que le traitement n’agit pas sur leur cause, est-ce vraiment utile de traiter ?

Et bien pas forcément ! Tout dépend de l’intensité des symptômes et de comment votre animal supporte son traitement.

En réalité, le propriétaire est le seul qui peut juger de l’intérêt ou non du traitement. Il est cependant toujours conseillé d’au moins l’essayer car les différents symptômes influencent négativement la qualité de vie de l’animal (faiblesse, constamment affamé et assoiffé, …). De plus, il n’est pas toujours facile de déterminer à l’avance dans quelle mesure l’état d’un animal est dû à son âge ou à une maladie. Très souvent, le traitement donnera “une deuxième jeunesse” à votre animal !

Mais si vous êtes dans une des situations suivantes, un éventuel arrêt du traitement peut être discuté avec votre vétérinaire :

  • Vous ne remarquez aucune anomalie chez votre chien avant le traitement.
  • Vous ne remarquez aucun changement (positif) de comportement chez votre chien plusieurs semaines après le début du traitement.
  • Le traitement est mal supporté par votre chien.

L’objectif du traitement médical est d’améliorer la qualité de vie, pas d’augmenter le temps de survie. Si cet objectif n’est pas atteint, parlez en à votre vétérinaire.

Voilà qui conclut ce petit tour d’horizon de la maladie de Cushing chez le chien. J’espère vous avoir aidé à la comprendre un peu mieux ! Si cet article vous a plu ou si vous désirez plus de précisions, faites le moi savoir dans les commentaires !

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