Connaissez-vous l’éducation positive ?

Pour être tout à fait honnête, la formation en éducation canine que j’ai reçu pendant mes études vétérinaires est assez limitée. J’ai appris quelques concepts de base, bien sûr, mais rien de très approfondi. Je pensais que la raison de ce “manque” était simplement qu’il n’y avait pas grand-chose à en dire, que toutes les méthodes se valaient plus ou moins. Que l’important était juste d’éduquer son chien, peu importe comment. Hé bien j’avais tort ! En réalité, de nombreuses études se sont penchées sur le sujet (et moi, j’aime les études) et il existe bel et bien une méthode plus efficace que les autres pour éduquer son chien : l’éducation positive. Voyons ensemble ce que c’est !

éducation chien

Tout d’abord, qu’est-ce que l’éducation “traditionnelle” ?

L’éducation traditionnelle repose largement sur le concept de la hiérarchie linéaire que l’on observe chez les loups. Etant donné que le chien descend du loup, et que les loups désignent un chef de meute qui dominera le reste du groupe, on cherche à transposer cette interaction “dominant-dominé” à nos relations avec nos chiens. Selon l’éducation traditionnelle, l’objectif est donc que le chien accepte, sans la remettre en cause, sa position de “dominé” dans la hiérarchie familiale. La grande majorité des comportements négatifs de nos chiens s’expliquent donc par le fait qu’ils occupent (ou tentent d’occuper) une position inadaptée dans cette hiérarchie.

Chez les loups, toute tentative de modification de cette hiérarchie est sévèrement punie. Et du coup, certaines méthodes d’éducation “traditionnelle” reposent également sur l’utilisations de quelques techniques plus ou moins violentes (punitions physiques ou verbales, plaquages au sol, …).

Où est-ce que ça coince ?

Il y a en fait plusieurs problèmes avec cette vision de l’éducation.

Tout d’abord, et heureusement, les chiens ne sont pas des loups !

Ensuite, même chez les loups, les choses ne fonctionnent pas comme ça1. En réalité, cette hiérarchie forte au sein des meutes de loups ne semble s’observer qu’en conditions de captivité. Dans la nature, les meutes de loups seraient plutôt des familles composées des parents et de leurs descendants. Ces derniers sont naturellement soumis à leurs parents, sans remettre en cause cette hiérarchie. Ils quittent ensuite la meute familiale entre 1 et 3 ans pour rencontrer d’autres loups solitaires et créer leur propre meute.

Et enfin et surtout, il est maintenant bien connu que l’utilisation de “punitions” n’est pas efficace dans l’éducation des chiens, voire carrément contre-productive. En effet, des punitions inappropriées (en termes d’intensité ou du moment auquel elles surviennent) auront tendance à rendre le chien plus anxieux. Cette anxiété diminuera les capacités d’apprentissage et augmentera également le risque de morsure.

Ce qu’en disent les études scientifiques

En 2004 et 2008, deux études2,3 ont cherché à comparer l’incidence de plusieurs comportements indésirables dans des groupes de chiens en fonction de la manière dont ils avaient été éduqués. Ces deux études ont des protocoles et des résultats assez similaires. Du coup, pour éviter de vous perdre en cours de route, je ne vous détaille que les résultats de la plus récente.

Les techniques d’éducation ont été réparties en 4 catégories :

  • Méthode basée uniquement sur le renforcement positif (friandises, séances de jeu, éloges, caresses …).
  • Mélange de renforcement positif et de punitions dites “positives*” (vocales, fessées, tapes sur le nez, …).
  • Mélange de renforcement positif et de renforcement négatif (ignorer le chien, retrait d’une friandise, …)
  • Un peu de tout.

*On parle de “punition positive” lorsqu’on va “activement” faire quelque chose qui va déplaire au chien. L’inverse étant le renforcement négatif, c’est-à-dire lorsqu’on retire au chien un élément qu’il considère comme positif (typiquement, l’attention de son maître).

Voici ce qu’il en ressort :

  • La méthode “renforcement positif uniquement” est significativement plus efficace que toutes les autres pour diminuer le nombre de comportements indésirables.
  • Cette même méthode présente également de meilleurs scores en ce qui concerne la recherche d’attention, l’agressivité et l’anxiété.
  • Les chiens éduqués avec des techniques comprenant des punitions ont tendance à être plus agressifs (avec la famille, des inconnus ou d’autres animaux).
  • Ces chiens sont également plus susceptibles de développer d’autres comportements indésirables (sauter sur les gens, tirer sur la laisse, aboiements, …)

Et donc au final, l’éducation positive qu’est-ce que c’est ?

Et bien justement, l’éducation positive, c’est une méthode d’éducation qui abandonne ce concept de dominance et donc de punitions, pour se concentrer plus ou moins exclusivement sur le renforcement positif.

Concrètement, comment ça marche ?

La pierre angulaire de l’éducation positive, c’est donc le renforcement positif. C’est-à-dire que tous les comportements positifs doivent être généreusement félicités ! L’objectif n’est pas d’apprendre à votre animal “comment éviter de mal faire”, mais plutôt “comment bien faire”. Les récompenses peuvent prendre plusieurs formes, les plus classiques étant les friandises, les caresses, les séances de jeu ou le “clicker”.

En éducation positive, mieux vaut prévenir que guérir. Il faut essayer d’anticiper les mauvais comportements et les empêcher d’apparaître plutôt que de réparer les pots cassés après coup. Evidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire et il y aura immanquablement des ratés. Lorsque ça arrive, les punitions positives doivent être évitées ! A la place, on peut soit ignorer complètement le comportement indésirable, soit utiliser le renforcement négatif.

En bref, l’éducation positive est basée sur la bienveillance, le respect et la compréhension mutuelle entre un chien et son maître. Il faut essayer de comprendre les situations qui provoquent chez votre chien les comportements que l’on cherche à éviter et il faut essayer de lui faire comprendre quels comportements on souhaite le voir reproduire.

chien jeu

Les pièges à éviter

L’éducation positive, c’est très bien en théorie, mais il y a tout de même quelques pièges à éviter :

1) Mal choisir les récompenses.

Récompenses ne doit pas forcément dire friandises ! Eviter les punitions, c’est bien, mais il ne faut pas non plus rendre votre chien obèse ! Il faut donc savoir varier les récompenses et les choisir en fonction de votre animal, selon ses préférences et son état d’embonpoint (je vous renvoie d’ailleurs à cet article si vous souhaitez savoir si votre animal est en surpoids). Pour un chien en surpoids, on évitera les friandises. Pour un vieux chien arthrosique, on évitera les séances de jeu un peu brutales (qui, par ailleurs, peuvent faire d’excellentes récompenses pour des chiens en bonne forme).

2) Ne pas fixer de limites.

L’éducation positive, c’est travailler principalement sur le renforcement positif. Mais ça ne signifie pas qu’il faille systématiquement bannir toutes formes de contraintes pour votre chien. Au contraire, il est également très important de fixer des limites. Par exemple, lors de l’apprentissage de la propreté, s’il est essentiel de féliciter votre chien lorsqu’il fait ses besoins dehors, il n’est pas pour autant interdit d’élever la voix lorsqu’il les fait devant vous, dans le salon ! L’important étant de ne pas se contenter de lui montrer ce qui est interdit, mais également de le guider vers ce qui est souhaité.

3) Bannir toute autre forme d’éducation

Si l’éducation positive présente des avantages par rapport à l’éducation traditionnelle, cette dernière reste largement préférable à “pas d’éducation du tout”. Selon moi, l’éducation positive est plus une ligne de conduite que des règles absolues. Ce type d’éducation demande beaucoup de temps et de patience et, sans expérience, tous les chiens n’y seront pas forcément réceptifs. N’hésitez donc pas à faire appel à un éducateur spécialisé si vous ne parvenez pas à vos fins par vous-même !

Sources :

1) Van Kerkhove W. (2004) A fresh look at the wolf-pack theory of companion-animal dog social behavior.

2) Hiby E.F., Rooney N.J. & Bradshaw J.W.S. (2004) Dog training methods: their use, effectiveness and interaction with behaviour and welfare.

3) Blackwell E. J., Twells C., Seawright A. & Casey, R. A. (2008) The relationship between training methods and the occurrence of behavior problems, as reported by owners, in a population of domestic dogs.

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