Ce danger dont vous ne vous méfiez pas assez !

On peut séparer la grande famille des produits susceptibles d’intoxiquer nos animaux en deux catégories. La première, c’est les produits dont on sait qu’il faut se méfier, comme par exemple la mort aux rats ou le chocolat (et si vous ne saviez pas qu’il faut se méfier du chocolat, vous pouvez trouver plus de détails ici). Et la deuxième, c’est les produits dont on ne se méfie pas, souvent parce qu’on n’imagine pas que nos animaux pourraient avoir envie d’y goutter ! Le grand champion de cette deuxième catégorie est l’éthylène glycol, et c’est de lui que je vais vous parler aujourd’hui.

Antigel flaque

Comment et pourquoi les animaux s’intoxiquent-ils à l’éthylène glycol ?

Quand je vous parlais de “grand champion”, ce n’était pas une façon de parler ! Les intoxications à l’éthylène glycol font sans aucun doute partie des intoxications les plus fréquentes et les plus graves pour nos chiens et chats.

Qu’est-ce que c’est et ou en trouve-t-on ?

L’éthylène glycol est un liquide dont le principal intérêt est qu’il possède un point de congélation assez bas (inférieur à celui de l’eau). Pour cette raison, il sera principalement utilisé comme antigel, liquide de refroidissement ou dégivrant pour pare-brise. Bref, dans pas mal de produits que l’on trouve régulièrement dans nos garages.

Comment les intoxications surviennent-elles ?

Jusqu’ici, j’imagine que la raison pour laquelle tant d’animaux s’intoxiquent avec ce produit n’est toujours pas très claire pour vous. Outre le fait que ce produit soit assez courant, les intoxications sont fréquentes pour deux raisons principales :

1) D’abord parce que ce produit est vraiment très toxique. Le simple fait pour un chat de se nettoyer les pattes après avoir marché dans une flaque peut suffire à induire des troubles sévères et irréversibles. L’équivalent d’une petite cuillère peut tuer un chat. L’équivalent d’une cuillère à soupe peut tuer un chien de taille moyenne.

Antigel chat

2) Et ensuite parce que l’éthylène glycol a un goût (et une odeur) sucré ! Ce qui va non seulement attirer les chiens, mais aussi les pousser à continuer à boire s’ils en ont l’occasion.

Que se passe-t-il après l’ingestion ? Les symptômes.

Après ingestion, les symptômes évoluent en deux phases. La première apparaît très rapidement (en environ une demi-heure) et ne dure généralement pas plus de 12 heures. Ces premiers symptômes sont :

– Soif excessive.

– Abattement ou somnolences (voire éventuellement coma).

– Ataxie (incoordination des membres, l’animal semble “saoul”).

– Vomissements.

Ces symptômes sont souvent assez légers et se résolvent spontanément en quelques heures. Du coup, si vous surprenez votre animal en train de boire de l’antigel et que vous décidez d’attendre “pour voir” comment ça évolue, vous pourriez rapidement penser qu’il est hors de danger.

Malheureusement, ce qui met réellement en péril la vie de l’animal est la seconde phase de symptômes, qui arrivera un peu plus tard (12 à 24 heures chez le chat, 1 à 3 jours chez le chien). En réalité, à mesure que l’organisme métabolisera l’éthylène glycol (qui est assez peu dangereux en lui-même), il le transformera en un autre produit beaucoup plus toxique, notamment pour les reins. Ces métabolites (c’est-à-dire les produits de la métabolisation) provoqueront une insuffisance rénale aigue dont les symptômes sont :

– Vomissements.

– Perte d’appétit.

– Diminution de la production d’urine.

Les dégâts infligés aux reins sont souvent irréversibles, ce qui signifie que plus l’animal tardera à être pris en charge et plus ses chances de survie diminueront. Cela signifie également que la plupart des animaux qui survivront à cette deuxième phase de symptômes développeront une insuffisance rénale chronique pour le reste de leur vie.

Comment bien réagir ?

Sans grande surprise, la bonne réaction en cas d’intoxication est de courir chez votre vétérinaire. Et si vous suspectez votre animal d’en avoir bu mais n’en êtes pas sûr, idem ! Des analyses pourront confirmer ou infirmer la présence d’éthylène glycol.

Selon la rapidité de la prise en charge, le traitement s’articulera autour de trois axes :

1) Empêcher l’absorption.

Si vous surprenez votre animal sur le coup et que vous pouvez être rapidement pris en charge par un vétérinaire, il pourrait tenter de le faire vomir pour éliminer l’éthylène glycol qui n’aurait pas encore été absorbé. Malheureusement, l’absorption de ce produit est assez rapide et commence déjà au niveau de l’estomac. Ca sera donc utile mais rarement suffisant.

2) Empêcher la métabolisation.

S’il est trop tard pour faire vomir l’animal et donc empêcher l’absorption du produit, alors il faudra essayer d’éviter sa métabolisation. Pour ce faire, deux solutions : la première consiste à lui administrer un antidote spécifique qui bloquera la capacité de l’organisme à transformer l’éthylène glycol jusqu’à ce qu’il soit naturellement éliminé. Mais cet antidote est difficilement disponible en France et en Belgique.

Heureusement, une autre solution utilisant un autre produit existe. L’éthanol aura en effet ce même effet bloquant sur la métabolisation de l’éthylène glycol. Et de l’éthanol, on en trouve dans toutes les boissons alcoolisées. On pourra donc utiliser de l’alcool, de préférence fortement concentré et sans trop de produits ajoutés, comme par exemple la vodka (si, si !).

L’alcool est également toxique pour les animaux. Ce traitement doit donc être donné sous-surveillance vétérinaire. Bref, ne donnez jamais vous-même de l’alcool à votre chien ou chat !

3) Combattre l’insuffisance rénale.

Si l’insuffisance rénale est déjà installée, alors il n’existe plus de traitement spécifique. Le vétérinaire mettra en place un traitement de support de la fonction rénale mais si la maladie est trop avancée, ça pourrait ne pas être suffisant. Dans ce cas une dialyse serait nécessaire mais très peu de vétérinaires ont l’équipement et les compétences pour en proposer, y compris en cliniques spécialisées.

Quel est le pronostic ?

Vous l’aurez compris, le pronostic dépend essentiellement de la rapidité de la prise en charge, ainsi que de la quantité ingérée. Le pronostic est plutôt bon si l’animal est pris en charge rapidement mais s’assombrit à mesure que l’insuffisance rénale se développe. Si les dégâts subis par les reins sont trop sévères, il n’y a malheureusement souvent rien de plus à faire.

Pour conclure, j’insisterai à nouveau sur ce point essentiel : en cas d’intoxication (avérée ou supposée) à l’éthylène glycol, n’attendez pas de voir comment la situation évolue pour décider si vous devriez, ou non, aller chez votre vétérinaire. Les premiers symptômes sont rarement inquiétants mais ce n’est pas d’eux qu’il faut avoir peur. Dans cette situation, encore plus que dans toutes les autres, mieux vaut aller chez votre vétérinaire “pour rien” plutôt que de prendre le risque ne pas y aller alors qu’il aurait fallu.

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