Aliments humides ou secs : quelle est le meilleure solution pour les chats ?

J’ai récemment découvert l’excellent blog du Dr. Brennen McKenzie : skeptvet.com. Avec son accord, je vous propose aujourd’hui une traduction d’un de ses articles. Ce blog est à destination des vétérinaires et le contenu peut donc parfois être un peu plus technique. J’espère que vous apprécierez son point de vue ! Smile 

Parmi les questions intemporelles qui sont sans cesse débattues de génération en génération, telles que “Quel est le sens de la vie ?” et “La lumière du réfrigérateur s’éteint-elle lorsque la porte est fermée ?”, il en est une que les vétérinaires et les propriétaires de chats connaissent particulièrement : “Quel type d’alimentation est meilleur pour les chats : l’humide (généralement en conserve) ou la sèche (les croquettes) ?”. Les amoureux des chats, ainsi que de nombreux vétérinaires, ont souvent des opinions fortes et tranchées sur la question. Et les désaccords sur le sujet ont tendance à être aussi amicaux que les désaccords sur la politique ou la religion.

Alimentation humide

Les arguments logiques

La croyance la plus répandue semble être que les aliments humides sont plus sains pour les chats. Celle-ci repose sur deux arguments clés :

  1. En tant que carnivores stricts, les chats ne peuvent pas métaboliser les glucides alimentaires

    Les aliments en conserve ont une teneur moins élevée en glucide que les croquettes. Par conséquent, un régime “sec” sera plus susceptible de conduire à l’obésité et au diabète sucré, deux problèmes de santé fréquents et sérieux pour nos félins.1–5

  2. Les chats qui mangent des aliments secs ne boivent pas assez d’eau

Ce qui augmente le risque d’insuffisance rénale chronique et de maladies des voies urinaires inférieures (comme par exemple les cystites et les calculs urinaires). Par conséquent, préférer les aliments humides maintiendra une meilleure hydratation et favorisera la dilution de l’urine, ce qui réduira le risque de ces maladies.4,6,7

Ce sont des arguments plausibles et logiquement solides, mais l’histoire de la médecine regorge d’hypothèses plausibles qui se sont révélées fausses. Il ne suffit pas de faire un bon argument fondé sur des principes généraux. Pour savoir ce qui est vraiment le mieux pour nos animaux, nous devons tester ces arguments expérimentalement et suivre les preuves, qu’elles soutiennent ou non des croyances apparemment évidentes et pleines de « bon sens ».

Une question plus compliquée qu’il n’y paraît

La question de savoir si les chats sont en meilleure santé lorsqu’ils sont nourris avec des aliments humides ou secs est, malheureusement, beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît. Il existe de nombreuses variables nutritionnelles qui affectent la santé et qui ne sont pas déterminées uniquement par le taux d’humidité.

La teneur en micro- et macronutriments

La teneur en macronutriments peut varier considérablement d’un aliment à l’autre. Et bien que la nourriture sèche soit généralement plus riche en glucides que l’humide, elle peut, par contre, être plus ou moins riche en matières grasses et protéines.

La teneur en micronutriments d’un régime est également d’une importance critique, comme l’illustrent les conséquences d’une alimentation trop pauvre en taurine sur la santé des chats. En réalité, d’autres variables, telles que la densité calorique, la quantité de nourriture et le mode d’alimentation (le nombre de repas par jour) peuvent avoir autant voire plus d’impact sur la santé que le taux d’humidité du régime alimentaire.

Même les hypothèses de base des arguments en faveur des régimes humides ne sont pas toujours aussi claires qu’il n’y paraît. Les chats traitent effectivement les glucides différemment des espèces omnivores. Mais cela ne se traduit pas par une équation simple : “glucides = mauvais pour les chats”. Le type et la quantité relative de glucides administrés font une grande différence. Et tandis que les aliments en conserve contiennent incontestablement plus d’eau que les aliments secs, l’idée que les chats qui en mangent sont forcément mieux hydratés et ont une urine plus diluée ne se révèle pas toujours vraie.
Revenons sur ces deux idées.

Chats

Chats et glucides

Le débat sur l’effet des glucides sur la santé des chats fait rage depuis des décennies. Quelques revues de littérature ont récemment résumé les preuves mais les conclusions ne sont pas tranchées.1,8

Il est clair que les chats métabolisent les glucides différemment des chiens et des humains. Cependant, le type d’hydrate de carbone (simple ou complexe) et le mode d’alimentation ont tous deux des effets significatifs sur les niveaux de glucose sanguin mesurés après les repas. Les chats peuvent bel et bien utiliser les glucides comme source d’énergie, et ils peuvent s’adapter métaboliquement à différents ratios de macronutriments dans l’alimentation, de sorte que la notion simpliste de “glucides = toxiques pour les chats” ne tient pas la route.

Les résultats des études ne montrent généralement aucun effet indésirable sur la sensibilité au glucose ou à l’insuline chez les chats nourris avec des types et des niveaux classiques de glucides alimentaires. Par contre, les régimes contenant plus de 50% de calories provenant des glucides, en particulier lorsqu’ils sont donnés une seule fois par jour plutôt que sous forme de repas multiples, peuvent générer des pics de glycémie plus élevés et plus prolongés. Mais même dans ces cas-là, les niveaux atteints ne semblent pas être associés à une quelconque conséquence négative dans les études expérimentales.

Bien qu’il y ait certaines contradictions entre les études, la plupart des recherches n’ont pas réussi à mettre en évidence que les glucides alimentaires seraient un facteur de risque significatif pour le développement d’un diabète sucré chez les chats.1,8 Une étude a même constaté que les chats qui souffraient de diabète étaient moins souvent nourris avec une alimentation sèche que les chats sains9. D’après cette étude, ça serait donc de ne pas donner de croquettes à votre chat qui constituerait un facteur de risque. Il existe des preuves que les régimes à faible teneur en glucides peuvent être utiles dans la gestion du diabète chez le chat, bien que ces régimes puissent être contre-productifs et favoriser l’obésité s’ils sont très riches en matières grasses.1,10

Chats et eau

Les chats peuvent produire une urine plus concentrée que les chiens et ont des besoins en eau proportionnellement plus faibles.6 Il a été avancé que les régimes secs sont associés à une consommation d’eau globale moindre, qu’ils favorisent la déshydratation et peuvent augmenter le risque de maladies rénales chroniques ou d’autres maladies des voies urinaires.4 Certaines études ont montré que les chats boivent moins d’eau lorsqu’ils mangent des régimes pauvres en humidité.4,6 Cependant, d’autres études contredisent cette constatation et n’identifient aucune différence dans le renouvellement de l’eau et l’apport ou la teneur en eau corporelle entre les chats nourris avec des régimes secs ou humides6.

Il existe de nombreux facteurs qui affectent la consommation d’eau chez les chats autres que le type de nourriture, y compris la teneur en protéines et en minéraux et la densité énergétique. Donc, le simple fait de donner une alimentation humide ne garantit pas d’augmenter la consommation d’eau ou de réduire la concentration de l’urine.6

Certaines études ont identifié la consommation d’aliments secs comme un facteur de risque de cystites et de calculs urinaires, tandis que d’autres n’ont pas confirmé ce lien.6 D’autres recherches ont même révélé que les chats qui développent des cystites sont plus susceptibles d’être nourris avec des aliments humides que les chats témoins, ce qui suggère que les aliments en conserve pourraient augmenter le risque dans certains cas.11 De même, alors que les régimes secs sont souvent cités comme un facteur de risque pour le développement de l’insuffisance rénale, les études n’ont toujours pas validé cette association.6,12,13 Et tandis que les régimes en conserve ont certainement un rôle dans la gestion des maladies rénales et des calculs, la teneur en humidité n’est pas la seule variable pertinente, et les régimes secs peuvent également avoir des avantages chez les patients qui souffrent de ces problèmes.6,14


Les aliments humides sont généralement moins denses en calories
que les secs. Ainsi, il a été suggéré qu’ils pouvaient aider à prévenir ou à traiter l’obésité chez les chats. D’autres facteurs sont également pertinents, tels que la composition spécifique de l’aliment, la quantité de nourriture ou le nombre de repas. Bien entendu, il est clairement possible de maintenir les chats à un score de condition corporelle idéal avec des aliments secs et, inversement, de développer de l’obésité avec des aliments humides. Dans l’ensemble, cependant, il est probable qu’une alimentation humide, soit directement, soit en ajoutant de l’eau à des croquettes, peut être bénéfique pour prévenir et gérer l’obésité féline.6

Alimentation sèche

Alimentation humide ou sèche ? Conclusions

Comme c’est malheureusement souvent le cas, il n’y a pas de réponse simple et claire à la question de savoir quel type d’aliment est meilleur ou moins bon pour les chats. «Ça dépend» est une réponse beaucoup moins satisfaisante, mais elle est plus susceptible de nous conduire à la meilleure stratégie alimentaire pour chaque chat, individuellement.

Dans l’ensemble, les préoccupations concernant les effets des glucides alimentaires sur la santé des chats sont généralement exagérées. Les régimes secs ne doivent pas être évités en raison de l’idée qu’ils sont trop riches en glucides et favorisent l’obésité et le diabète. La teneur spécifique en nutriments et en calories de l’alimentation est bien plus importante que sa forme.

L’impact des régimes humides sur le risque de maladies des voies urinaires n’est pas clair, mais il semble probable que cette caractéristique puisse aider les propriétaires à contrôler l’apport calorique et, par conséquent, l’embonpoint de leurs chats.

Ainsi, lorsque l’on nous demande un avis sur la question, plutôt que de donner une réponse simple mais probablement incorrecte, nous devons être prêts à discuter des preuves et des nuances du problème dans le contexte spécifique de l’individu dont il est question. C’est l’essence même de la pratique factuelle.

Références

1.        Verbrugghe A, Hesta M. Cats and Carbohydrates: The Carnivore Fantasy? Vet Sci. 2017;4(4):55. doi:10.3390/vetsci4040055

2.        Rand JS, Fleeman LM, Farrow HA, Appleton DJ, Lederer R. Canine and feline diabetes mellitus: nature or nurture? J Nutr. 2004;134(8 Suppl):2072S-2080S. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15284406. Accessed June 14, 2019.

3.        Buffington CAT. Dry foods and risk of disease in cats. Can Vet J = La Rev Vet Can. 2008;49(6):561-563. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18624064. Accessed June 14, 2019.

4.        Zoran DL. The carnivore connection to nutrition in cats. J Am Vet Med Assoc. 2002;221(11):1559-1567. doi:10.2460/javma.2002.221.1559

5.        Gomez-Mejias Y. Does Grain Actually Predispose Our Cats to Gain Weight? Vet Evid. 2019;4(2). doi:10.18849/ve.v4i2.201

6.        Larsen JA. The role of water in disease management. In: 2018 ACVIM Forum. Seattle, WA; 2018.

7.        Markwell PJ, Buffington CT, Smith BHE. The Effect of Diet on Lower Urinary Tract Diseases in Cats. J Nutr. 1998;128(12):2753S-2757S. doi:10.1093/jn/128.12.2753S

8.        Laflamme D. Cats and carbohydrates: Why is this still controversial? In: 2018 ACVIM Forum. Seattle, WA; 2018.

9.        Sallander M, Eliasson J, Hedhammar A. Prevalence and risk factors for the development of diabetes mellitus in Swedish cats. Acta Vet Scand. 2012;54(1):61. doi:10.1186/1751-0147-54-61

10.      Nguyen PG, Dumon HJ, Siliart BS, Martin LJ, Sergheraert R, Biourge VC. Effects of dietary fat and energy on body weight and composition after gonadectomy in cats. Am J Vet Res. 2004;65(12):1708-1713. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15631038. Accessed June 14, 2019.

11.      Lund HS, Sævik BK, Finstad ØW, Grøntvedt ET, Vatne T, Eggertsdóttir A V. Risk factors for idiopathic cystitis in Norwegian cats: a matched case-control study. J Feline Med Surg. 2016;18(6):483-491. doi:10.1177/1098612X15587955

12.      Finch NC, Syme HM, Elliott J. Risk Factors for Development of Chronic Kidney Disease in Cats. J Vet Intern Med. 2016;30(2):602-610. doi:10.1111/jvim.13917

13.      Bartlett PC, Van Buren JW, Bartlett AD, Zhou C. Case-control study of risk factors associated with feline and canine chronic kidney disease. Vet Med Int. 2010;2010. doi:10.4061/2010/957570

14.      Roudebush P, Polzin DJ, Ross SJ, Towell TL, Adams LG, Forrester SD. Therapies for Feline Chronic Kidney Disease. J Feline Med Surg. 2009;11(3):195-210. doi:10.1016/j.jfms.2009.01.004

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